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Le Point d´Achèvement du Mécanisme PPTE au Cameroun journal Mutations septembre 2006

Le Cameroun malade de ses élites Par Jean-Baptiste Djoumessi. journal Mutations Octobre 2006

S.O.S, le Cameroun Bloqué.

 

La constitution camerounaise, va une fois de plus être modifiée. L’idée républicaine, interpelle les citoyens, qui crient au scandale et appellent à la mobilisation, contre la dérive totalitaire. Ce n’est pas tant la révision, que la dérive qui fait problème. Le totalitarisme, et sa légalisation ne datent pas d’aujourd’hui. Déjà, la constitution sur mesure de 1996, a permis au chef de l’Etat, de porter son mandat présidentiel de cinq à sept ans. A cette date, il avait 14 ans de pouvoir. En lui ajoutant deux mandats de 7 ans (14 ans), cela  faisait 28 ans, suffisants pour battre le record de longévité, de son prédécesseur. A cette époque, l’on ne voyait peut-être pas la nécessité, de mandats illimités. Contre toute attente, le Président Biya, convoque en juillet 2006, le congrès extraordinaire  du Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC). Statutairement, il n’est prévu qu’un seul point, à son ordre du jour : la désignation du candidat du parti, à l’élection présidentielle.`` Il s’agit de l’élection de 2011’’, à laquelle la constitution, lui interdit de participer. Ce congrès, était donc anticonstitutionnel. Après sa désignation, sans difficulté, par ovations et non au scrutin secret, le Président, va encore franchir le pas, pour s’accommoder la constitution de 1996. C’est de cela, qu’il s’agit aujourd’hui.

Tous ses fidèles, à qui la manœuvre était cachée, sont tétanisés à la découverte de l’impasse. Ils paniquent et des provinces, les motions, arrivent au compte goutte, le supplier pour qu’il enlève l’article 6 de la constitution. Dans l’aveuglement, cet article, est indexé comme une limitation à la volonté, populaire. Le peuple en 2008, peut-il prétendre à plus de souveraineté, que celui qui a voté la constitution, en 1995 ? En sauveur du peuple, et en bon démocrate, le Président, va lors des vœux à la Nation, le 31 décembre 2007, annoncer qu’il ne saurait «rester insensible à son appel». Il s’agit principalement, de l’appel de certains membres, du RDPC.

Le pouvoir d’un seul homme, qui s’impose au parti, ne date pas non plus d’aujourd’hui. Le dernier congrès ordinaire du RDPC, date de 12 ans, alors que sa périodicité est de 5 ans.Les motions, ne sont pas non plus, un mode d’expression républicaine, mais une procédure d’embrigadement,  qui  choque les démocrates. L’initiative, d’une révision constitutionnelle, appartient au Président de la République, ou au Parlement. Recourir aux motions,  pour déclencher la procédure, de révision constitutionnelle, par  ceux là qui ne sont pas compétents pour le faire, est aussi anticonstitutionnel.

 Le bilan de 25 ans, de politique politicienne, est simple à dresser : hit parade de la corruption, pauvreté endémique, inertie, mauvaise gouvernance et démocratie de comprador. Le chaos plane sur le pays, à cause d’une constitution, que le caprice du prince, peut modifier à tout moment. La conscience morale, est éteinte.L’opposition, honnie et réduite à un rôle de figuration, se résigne à servir de faire valoir le moment venu. La société civile, handicapée par la mise des intelligences, sous le boisseau.

Pourquoi les camerounais, n’ont-ils pas tourné le dos, au totalitarisme, combiné à la souveraineté sans partage de l’Etat, pourtant causes principales de leurs malheurs ? A cause de la peur, entretenue par la roue de la fortune, le pacifisme, le créationnisme et l’isolement. Cette peur là, est plus subtile et plus difficile à détecter que le grossier terrorisme hitlérien.

Le Président de la République, gestionnaire de la souveraineté de l’Etat, est le dispensateur, de tous les biens. Tout le monde, hauts fonctionnaires et hommes d’affaires, qui participent aux marchés publics, sont naturellement ses obligés.  La roue de la fortune camerounaise, entretient savamment le dosage de postes, révocables et précaires, avec la peur de les perdre. Elle convint  les bénéficiaires du moment,  de saisir la chance de la vie, pour amasser quelques actifs. Ne tire-t-on de ce bonheur instable, plus de souffrance que de plaisir ? Certainement, Le Dalaï-lama, dit que : « la cupidité et l’égoïsme, sont fils de la peur. Ils font craindre au mendiant, de perdre son bol de riz, et au riche, de dépenser sa fortune ». Mais, ne désespérons pas de trouver parmi des fonctionnaires méritants, des objecteurs de conscience. La superstition, prospère à l’ombre du  créationnisme, doctrine religieuse dominante qui tue la Foi, la liberté et le progrès. Les camerounais, sont devenus pacifistes. Le pacifisme, n’est ni une vertu, ni un vice. C’est une idéologie, une doctrine politique, qui juge que toute guerre, est bien évidemment mauvaise, nuisible et condamnable. Rien, comme le soutiennent Alain et Marcel Conche, ne saurait la justifier. La paix, en toutes circonstances, vaut mieux. Mais pour Spinoza,  « S’il faut appeler paix, l’esclavage, la barbarie ou l’isolement, il n’est rien pour les hommes de si lamentable que la paix ». André Comte-Sponville, quant à lui, fait la synthèse, des deux courants de pensée, en disant de la paix : « rien de meilleur, si elle va avec la justice et la liberté ».La peur de l’isolement, explique le succès du fait accompli, qui s’impose à la classe politique camerounaise, et à la communauté internationale. Quiconque, oserait lui résister,  se mettrait le RDPC,  à dos. Le parti serait sans candidat, pour la prochaine Présidentielle. La démocratie, serait  bloquée et le pays, en péril. C’est un cauchemar insupportable. Tout comme l’est la mise hors, de la chaîne de solidarité sociale. Le RDPC, à cette fin, a des arguments dissuasifs. Il détient directement ou indirectement, tous les postes de commandement dans les Forces armées. Ceux de Gouverneurs de provinces, de Préfets et Sous-préfets, experts dans le maintien de l’ordre, et la manipulation des élections. Le même parti, contrôle tous les postes, dans les Tribunaux, les Cours d’Appel et la Cour Suprême.

 Nul, ne devant  être admis à se prévaloir de ses propres turpitudes, pour se défendre, il revenait au Président Biya, de modifier les statuts du RDPC, pour démocratiquement, préparer sa succession. Le débat, sur la modification de la constitution, dès lors n’est plusde portée générale, mais concerne bien, une personne, en particulier.

Grâce au Président Paul Biya, qui a jeté un pavé dans la marre,  nous avons saisi l’occasion ainsi offerte pour méditer, nous remettre en cause et écrire notre testament philosophique. Nous le remercions et lui dédions la découverte faite : tout le monde, doit tourner le dos au totalitarisme, et à la politique politicienne, qui sacrifient le développement. La souveraineté de l’Etat, écrase les valeurs humanistes, et la souveraineté du peuple. Le rêve, du Président Biya, est-il toujours de laisser à la postérité, l’image de celui, qui a légué la démocratie, à son peuple ?

Aux autres compatriotes, qui crient depuis dans le désert, je dis humblement, mea culpa. 

Jean-Baptiste Djoumessi

Economiste, Écrivain


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