Les œuvres de l’esprit des hommes politiques africains
Les bonnes œuvres de l’esprit accélèrent le développement. Elles font partie des droits humains couverts par les droits d’auteurs. Dans le domaine politique, les droits d’auteurs des hommes politiques africains, nous semblent insuffisamment voir pas du tout protégés. L’exemple camerounais l’illustre. Dans ce pays règne une admirable coexistence pacifique entre les religions, plus particulièrement entre l’islam et le christianisme. L’histoire de l’humanité raconte la cruauté des guerres entre les deux religions. Le Cameroun a réussi là où les pays occidentaux ont échoué. Ce privilège est reconnu par le pape Benoît XVI qui, lors de son premier voyage en Afrique, y fera la première escale pour lancer les préparatifs du deuxième synode africain. Le Saint Père voulait percer le secret de ce pays. Il se cache dans l’exhortation suivante : n’ayez pas peur de la diversité ou de la différence.Sa visite, malgré un contexte social explosif, s’est déroulée sans le moindre incident. La ferveur de la piété qui l’a entourée, confirme que la réputation camerounaise n’est pas volée.
Aucun discours public n’a pourtant mentionné le nom de l’auteur de cette prouesse. Pour cause ! Il s’agit de l’homme politique Ahmadou Ahidjo, premier Président de la République du Cameroun. Il avait compris que la prière, le jeûne et le sacrifice sont le trait d’union entre les deux religions. Grâce à sa position sociale, il va fortement médiatiser sa piété musulmane. Il passe toutes les fêtes de fin de jeûne (Ramadan), chez lui à Garoua dans le septentrion, majoritairement musulman mais où, le christianisme est en expansion auprès des populations animistes. Celles du mouton sont passées à Yaoundé dans le sud, majoritairement chrétien. Ses amis sans distinction de confessions religieuses sont conviés aux agapes, qui suivent le rituel de commémoration du triomphe de la foi d’Abraham dans l’épreuve de l’holocauste. Dieu l’avait éprouvée en lui demandant le sacrifice d’Isaac, son fils unique. Sa soumission absolue fût appréciée par Dieu, qui substitua un bélier à son fils. Le temps fort de la foi viendra quand, Christ, fils de Dieu assumera son office comme Souverain Sacrificateur.[1]
L’exemple est venu d’en haut et le mimétisme a fait le reste. Les camerounais ont compris que la diversité religieuse est exotérique et ne signifie pas division, au contraire, elle est la riche parure de la foi: son ésotérisme. Il en est de même de la diversité ethnique qui est la riche parure de la patrie. Chronologiquement, la tolérance est ainsi devenue la deuxième vertu nationale.
L’insécurité continue à planer sur le berceau de ces religions avec la persistance endémique du paludisme en Afrique. Dès sa prise de fonction, la liberté de pensée du Souverain Pontife Benoît XVI, s’est heurtée à l’intégrisme musulman, alors qu’il commentait les propos d’une discussion byzantine sur la Foi et la Raison. Depuis lors, malgré les efforts de la diplomatie, les tensions persistent. Le pontificat est menacé par de nombreux sujets à controverse, alors que nous avons besoin d’un pontificat apaisé par la tolérance.
La libération culturelle du noir est la contribution que nous attendons du nouveau synode. Il doit aller au-delàs de l’inculturation, pour mettre un terme à la condescendance du monothéisme occidental vis-à-vis de l’animisme africain. Ce serait justice et paix. Etymologiquement, animisme vient du latin anima qui signifie âme. Pour les africains, l’âme est digne de vénération pour fonder l’animisme, religion à confondre ni avec le fétichisme, la sorcellerie ou la magie.
La patrie est chronologiquement la première vertu sociale camerounaise. Elle fût aussi œuvre de politiciens, dont le droit d’auteur fût refusé à l’Union des Populations du Cameroun (UPC) représentée par Ruben Um Nyobéet son tout premier Président Djoumessi Mathias.Le patriotisme est l’amour que l’on voue au terroir de son père, ou de ses parents lorsque les deux sont du même pays. Il est donc inconcevable de chérir une patrie qui n’est pas le berceau de ses ancêtres. Les Etats Unis d’Amérique sont une exception, car la solidarité d’intérêt éclairée par l’idéal de liberté, s’y est en attendant sa renaissance, substituée au sentiment patriotique. Leurs ancêtres sont en Europe, en Afrique ou ailleurs. Energie intarissable, elle a alimenté au Cameroun la lutte de libération nationale, du joug colonial français et anglais. La victoire l’a si profondément enracinée, qu’il n’y a pas à craindre que la diversité ethnique ou la double nationalité soient une menace pour l’unité nationale. Paradoxalement après l’indépendance, le néocolonialisme et le mensonge d’Etat vont traumatiser le peuple en combattant la diversité ethnique indexée comme ennemie de l’unité nationale.
Pour le peuple camerounais, Liberté, Tolérance, Patrie sont ses valeurs fondatrices. Elles seront sa nouvelle devise. Il y a fort à craindre que les mêmes causes produisant les mêmes effets, l’on refuse aussi demain à l’homme politique Paul Biya,ses droits d’auteur de libérateur. Il a compris que la Liberté est la valeur suprême tant au plan de l’individu, qu’à celui de la société. Au plan de l’individu, il prône la pratique rigoureuse de la morale pour libérer l’homme, d’où sa philosophie politique baptisée Rigueur et Moralisation. Au plan de la société, il reconnait que la politique libère la société de la guerre pour préserver la paix. Il a donc favorisé la création de nombreux partis politiques. Mais que vaut la liberté politique sans transparence démocratique ? Il ne saurait effectivement y avoir de Paix sans Justice ni Liberté, si oui, ce serait du pacifisme. Sa philosophie le conduit à un modèle de société, exposé dans son livre Pour le Libéralisme Communautaire paru en 1987. Il est à même de libérer les africains de l’emprise des modèles dominants, dont l’ultra libéralisme.
Dans l’intérêt du progrès démocratique, les droits d’auteurs des hommes politiques africains devraient dans le domaine politique être tout aussi protégés que dans les autres. Pour cela, il leur revient de pratiquer le principe de morale selon lequel, faire aux autres, prédécesseurs et concurrents, tout le bien que l’on aimerait qui soit fait à soi-même.La société civile, gardienne du temple de la démocratie, doit veiller sur cette morale politique.
Jean-Baptiste DJOUMESSI
Ecrivain, Economiste planificateur